Mes métiers à tisser, ma spécificité

AUX RACINES DU TISSAGE: créations contemporaines réalisées à partir de techniques anciennes

Ma PHILOSOPHIE:

Un artisanat majeur comme le tissage doit obligatoirement être et rester une création unique, fruit de l'expérience du tisserand. A l'origine de nombreuses mythologies, et dans de nombreuses cultures, le tisserand a une charge. Le tisserand est le seul à avoir le droit de couper son tissage et de le faire tomber à terre (symbolique de la naissance d'une création). Le tisserand travaille sur la trame invisible des choses. Il donne une destinée à son tissage. Il vient de créer une matière qui n'existait pas.

Selon moi, tisser n'est pas seulement appliquer un bref de tissage, tisser est réussir, par la maîtrise technique, à créer une matière, à créer un agencement qui est le fruit d'une inspiration et d'une volonté, à l'aboutir pour qu'il trouve sa propre destinée. Tisser est maîtriser la technique pour pouvoir inscrire une pensée abstraite dans la matière.

MON CRENEAU:

Toutes mes collections sont réalisées en explorant et en innovant à partir des techniques premières. Parce que pour répondre à des besoins, il faut, dans un premier temps, maîtriser déjà les bases et connaître les différents types de systèmes inventés à l'origine. Et en tissage, ils sont nombreux!

Nous allons donc nous placer avant l'ère industrielle et donc avant son développement vers des systèmes de métiers à tisser qui n'ont eu cesse d'évoluer jusqu'à aujourd'hui (à 8 cadres, à 16, à 24 cadres, à manettes remplaçant les pédales, à navettes à propulsion, automatisés, puis combinés à des systèmes informatisés).

COMMENT CHOISIR SON METIER?

Le choix d'un métier à tisser aujourd'hui est vaste. J'appelle métier à tisser tout système permettant de séparer deux nappes de fils pour créer une foule. Nombre de peuples ont inventé des systèmes très simples, composés de simples bout de bois et de lisses végétales, de peignes simples et d'autres plus complexes, en bois ou en os, des systèmes avec une seule poulie et deux cadres, des systèmes de haute lisse à pesons, à rainures ou à ensouples, des systèmes de basse lisse à la lève.

A l'origine, du plus simple au plus complexe (et c'est loin d'être une évolution linéaire!), tous ces systèmes très anciens sont ingénieux. Ils permettaient de répondre à des besoins spécifiques de résistance, d'élasticité ou de finesse et d'épaisseur (isoler, décorer, vêtir, tracter, porter, etc.) mais aussi de créer de nombreux motifs traditionnels qui perdurent heureusement dans certaines cultures. C'est la double vocation du tissage: répondre à des besoins et écrire une identité. 

Un PEU D'HISTOIRE:

En Europe, le peigne à ceinture Néolithique et les systèmes de haute lisse ont dominé jusqu'au Moyen Âge, mais il ne faut pas oublier l'acquis des périodes qui précèdent (vannerie, systèmes cordés, sprang, filets...). Je consacre une bonne partie de mes recherches aux techniques du Néolithique car le tissage est sans aucune comparaison possible, la technologie complexe la plus ancienne de l'humanité. L'inventivité, l'ingéniosité, la capacité à travailler et à penser sur des plans opposés , à créer des outils et des chaînes opératoires élaborées, voire déjà très spécialisées, sont les défis permanents visibles dès le Néolithique, il y a plus de 5000 ans. C'est-à-dire que non seulement différentes techniques co-existent déjà pour répondre à des besoins différents, mais en plus l'expression artistique apparaît immédiatement avec des effets d'insertion (perles, coquillages, fourrure) pour créer des motifs , et de variations multiples sur la base d'une armure toile (cordés,effets de velours). Et tout celà va aller en complexité croissante dans les périodes qui suivent.

Selon les pays, le tissage aux tablettes (cartes perforées qui, à l'origine étaient en os ou en bois) est également apparu précocément pour réaliser des motifs sur des bordures ou des galons. Cette technique est toujours vivante et très pratiquée encore par les troupes de reconstitution et de nombreux peuples européens et asiatiques.

La réalisation de motifs traditionnels réalisés à partir du simple peigne à ceinture, a, en revanche, connu un oubli majeur, et, en dehors de la baltique, peu de tisserands savent encore la pratiquer. Elle fait donc partie de mon créneau "survivance". On ignore également souvent que les celtes avaient fait des tentatives aussi de motifs au peigne et que dans l'Âge du Bronze, on utilisait déjà différentes techniques de flottés pour réaliser des motifs de type losanges, bien avant l'invention de l'armure losangée du second Âge du Fer.

LES METIERS QUE J'UTILISE

Pour se lancer aujourd'hui dans le tissage professionnel, il faut pouvoir répondre à des besoins, à des délais, à des coûts et donc le choix du type de métier sera majeur. Tout dépendra de la spécialité du tisserand, de son budget, de l'espace dont il dispose et surtout, de sa créativité. Au démarrage, on pourrait avoir la tentation d'investir directement dans le montage d'un grand métier à propulsion de navettes ou à se défier avec des systèmes à contre-marches à cadres multiples. Dans un premier temps, je conseillerais avant tout de déjà maîtriser les bases, car elles sont riches et multiples et leurs contraintes techniques poussent à se dépasser, à défier les limites, à combiner, à jouer en quelque sorte en créant sa propre partition.

Je travaille pour l'instant sur des métiers manuels dont l'envergure maximum de tissage est l'envergure naturelle des bras d'un tisserand individuel.  Je travaille sur différents types de métiers dans un même espace, impliquant l'utilisation de différentes techniques selon les besoins ou le résultat souhaité. 

J'utilise deux métiers à peigne envergeur- métier que j'essaye de réhabiliter - le peigne à ceinture, un métier à galons (équivalent du peigne à ceinture mais où je remplace le peigne par des lisses végétales pour réaliser des motifs à double face ou pour créer des bandoulières solides). Et enfin, tradition européenne oblige, j'utilise un métier à 4 cadres à pédales qui m'inspire nombre de variations et qui permet de donner du corps, de la solidité ou de la densité à un tissage. 

J'ai également acquis un ensemble de bouts de bois rainurés et un couteau de tisserand pour m'essayer au tissage à la ceinture sans peigne, systèmes permettant des densités uniques. Ce qui est intéressant dans ces métiers rudimentaires c'est qu'ils ne pardonnent rien. Les défauts du tissage seront flagrants, les imperfections, les instabilités, les erreurs, et donc s'y frotter sur du long terme en variant les complexités est inévitable pour acquérir les notions d'équilibre, d'applomb et de régularité.

A partir de ces bases, et en y associant de la créativité technique, on peut proposer une gamme déjà très diversifiée de production, et surtout, une gamme unique.

MOTIFS ANCIENS

Ayant débuté par des techniques amérindiennes à sélection de fils, je me suis naturellement tournée par la suite vers les techniques au peigne européennes. Je me suis particulièrement spécialisée dans la technique norvégienne au peigne et j'ai fait un travail de recherches sur la symbolique des motifs traditionnels tissés avec cette technique en Lettonie. C'est une technique médiévale remontant au moins au XIIe siècle, faisant figurer des motifs qui sont d'anciennes déesses-mères païennes correspondant à une croyance animiste commune à d'anciens peuples européens. Ces motifs sont parfois retrouvés sur d'autres support (pierres par ex.) datant de l'Âge du Fer et certains sont communs à ceux des Vikings.

 

ISATISSE

 

       

 

 

 

LE PEIGNE ENVERGEUR:

 

 

ISATISSE

 

 

De conception contemporaine, le peigne envergeur reprend le même principe que le petit peigne inventé au Néolithique avec ses trous et ses fentes pour séparer les foules. On y a juste ajouté une ensouple afin de pouvoir tisser en intérieur lorsque l'on ne pouvait plus s'attacher à un arbre. Il permet donc de réaliser des pièces de plus grande longueur.

Techniquement, il est une déclinaison horizontale inversée de l'ancien métier à pesons vertical à une ou deux barres de lices utilisé en Europe depuis le Néolithique et bien plus anciennement encore en Egypte et en Asie. Au lieu de pousser et tirer les barres, la foule se crée en levant et en baissant le peigne.

 

 

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LE METIER A 4 CADRES:

Je travaille également avec un métier à 4 cadres. Il me permet de réaliser toutes les armures croisées de base. Selon les fabricants, les cadres sont levés avec des mécanismes tout en bois en en cordes, ou avec des poulies placées à l'horizontale. Le type d'ensouple est en ourdissage indirect, méthode ancienne la plus universelle.

Au XIII e siècle, l'ancien métier à pesons vertical à 4 barres de lisses des celtes bascule en basse lice et on invente donc le système de pédales pour lever les cadres. 

Quelle que soit l'évolution future du tisserand, ces armures là sont fondamentales à maîtriser car toutes les armures contemporaines à cadres multiples ne sont que des déclinaisons de ces armures fondamentales premières. A partir de ces armures référentielles à 4 cadres, nombre de variations sont possibles. Elles impliquent de savoir lire un bref de tissage et donc de comprendre le mécanisme de fond, l'art de la prédétermination de l'armure finale dans le choix de l'enfilage dans les cadres et de l'attachage aux pédales.

 

Atelier ISATISSE

 

    ISATISSE                 ISATISSE

 

 

ATELIER ISATISSE

 

PAR QUELLE TECHNIQUE COMMENCER?

On l'aura compris, je suis pour un apprentissage évolutif du tissage. Pourquoi? Parce qu'il faut pratiquer, pratiquer, pratiquer, et avant toutes choses, pratiquer. Et aussi, parce que l'orsqu'il s'agit de déesses-mères anciennes et de leurs extension, ce qui est le cas des motifs de la baltique, il faut un minimum d'humilité et de maîtrise avant de pouvoir les faire ressurgir de la profondeur du temps.

Concernant le métier à galons, je suis contre le fait d'apprendre directement la technique balte sans avoir au préalable, par exemple, appris à reconnaître et à tisser des effets de chaine et des effets de trame, sélectionné des fils sur une armure simple, réalisé des motifs à une face, et acquis la dextérité nécessaire. Il faudra, en effet, agir sur la structure interne d'un tissage en allant y faire ressortir le motif avec son négatif et son complémentaire sur l'envers sans erreur ni fil flottant.

Je suis pour l'apprentissage sur différents types de techniques pour que la personne puisse petit à petit découvrir celle dans laquelle elle se sentira le plus capable d'évoluer. 

La création sur un métier à 8 cadres par un professionnel expérimenté maîtrisant les matières et les armures, ayant une quête d'évolution ou de perfection est logique, tout comme l'évolution 24 cadres du design professionnel, mais, dans les autres cas, je conseillerais de ne passer au métier à 8 cadres qu'après s'être déjà bien exercé au peigne et au 4 cadres. Je conseillerais d'avoir déjà développé une expérience des matières, des densités, des élasticités et d'avoir été capable de créer à partir de différents systèmes.

Je compare souvent le tissage à la musique et je dirais simplement qu'on ne fait pas de grandes impros en n'ayant jamais pratiqué d'instrument, en ne sachant pas lire une partition, et en ne maîtrisant pas la rythmique.

Un tisserand argentin a dit, de façon plus poétique récemment: " Tisser est beaucoup plus que de croiser des fils de façon ordonnée, tisser est plus que suivre correctement un patron. Il faut connaître l'âme du tissu en question pour faire germer des fleurs en plein hiver " , Marcelo S.

 

ISATISSE     

 

 

ISATISSE

 

 

Matériaux naturels utilisés dans mes créations

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Date de dernière mise à jour : 04/10/2020